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La seule fois de ma vie où l’on m’a confié le soin d’enseigner certains membres de l’ENA je me suis autorisé cette question : « Vous avez entendu parler de la Médecine Chinoise, de l’Homéopathie, de l’Ostéopathie… quelle est la dénomination exacte de la médecine officielle que l’on enseigne dans les Facultés et que l’on met en pratique dans les hôpitaux. Ces Facultés et ces Hôpitaux que, bientôt, vous, cadres de la Nation aurez à gérer ? »
Je n’obtins aucune réponse. Je dis alors que cette médecine avait pour nom « la médecine anatomo-clinique » Les mimiques furent révélatrices. Non seulement ces jeunes gens n’avaient pas su répondre mais encore la réponse ne leur disait strictement rien. C’était embêtant. Parce que si l’on ne comprend pas le sens de cette expression, on ne peut rien comprendre à ce qu’est la pratique clinique.

Car la question qui se pose est bien celle-ci : le médecin clinicien, examinant la malade allongé, quel schéma d’investigation a-t-il en tête ? Très précisément que fait le clinicien examinant un malade ? réponse : il fait de la clinique pour imaginer de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur du corps. Par la pratique clinique, il cherche à savoir quelle partie de l’anatomie est touchée. Il fait de la médecine anatomo-clinique.

Cette médecine anatomo-clinique n’est pas vieille. Elle a juste un peu plus de deux siècles. Pour bien prendre conscience de cela, partons d’un livre justement célèbre. Celui écrit par Michel Foucault : « Naissance de la Clinique » Le titre est malheureux. Foucault aurait dû choisir pour titre de son livre « Naissance de la médecine anatomo-clinique » Car la Clinique, c’est Hippocrate qui l’a mise sur les rails. Et cette clinique pendant plus de deux mille ans a conduit le médecin clinicien à faire ses diagnostics en étudiant les humeurs. Ce que raconte et explique si bien Foucault, c’est au contraire l’abandon de la théorie des humeurs.

Il y a deux grands noms à l’origine de cette révolution : Bichat et Laennec. Deux jeunes hommes étonnants. De manière très caricaturale on peut dire ceci : l’un, Bichat, s’est donné pour but de repérer au cours d’autopsies, à l’intérieur des corps les lésions solides qui avaient tué le malade, l’autre Laennec a commencé de montrer comment du vivant du malade on pouvait provoquer des signes qui indiquaient qu’une des lésions signalées par Bichat et les siens était responsable de la maladie.

Pour bien comprendre cela, il faudra passer à l’explication de trois autres mots : Symptômes, signes et séméiologie.

Petite précision. Lorsque j’avais à enseigner de très jeunes étudiants, je posais souvent comme première question : « A quel âge est mort Bichat ? » La fourchette des réponses allait de cinquante à soixante quinze. Alors, sadique et triomphant j’assenai : « Bichat est mort à 31 ans. Si vous voulez faire aussi bien que lui en aussi peu de temps vous avez tout intérêt à suivre ce cours avec attention »

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