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Vous voyez passer un beau mec ou une belle fille : vous sifflez et dites à votre voisin : belle anatomie. L’anatomie, c’est l’aspect extérieur du corps, dans ce cas. Même chose lorsque le Commissaire –priseur d’une vente aux enchères annonce : « Nous vendons cette anatomie d’homme ». Généralement, c’est d’un dessin de Monsieur tout nu, vu côté pile ou côté face, qu’il s’agit.

Pour le médecin et le chirurgien, l’anatomie, ce n’est pas ça du tout. Pour lui l’anatomie, c’est au contraire, comment s’organisent sous la peau les os le muscles les tripes et les poumons le foie et les reins, les nerfs et les vaisseaux sanguins etc.

Apprendre cette anatomie jusque dans les plus petits détails, cela a été pendant longtemps la base même des études médicales. On apprenait aux étudiants en quel point, précisément, les muscles se fixaient sur les os. Quelquefois sur un tout petit bout de l’humérus ou du fémur s’attachaient ensemble plus de dix muscles. Il fallait apprendre par cœur aussi comment se croisaient ou se côtoyaient tous les tuyaux ou nerfs du corps.

Bref, il fallait savoir sur le bout des doigts ce que montre un écorché. Vous en avez vu des « écorchés » : ce sont ces mannequins en plastique démontables. Vous pouvez jouer à chercher le foie le cœur le pancréas l’estomac les poumons…

Si vous aviez vécu, il y a trois cents ans, vous n’auriez jamais vu d’écorché. Pour plusieurs raisons. D’abord, il était interdit de toucher aux cadavres et ceux qui voulaient étudier l’anatomie devaient le faire sur des animaux. Ensuite et surtout, l’anatomie n’intéressait que peu les médecins. Pourquoi ? Très simple. Parce que l’on pensait que les maladies ne venaient pas des composants solides du corps mais des liquides qui les baignaient. On ne parlait pas de liquides mais d’humeurs. On imaginait qu’il y avait quatre humeurs qui circulaient dans le corps le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. On pensait que sous l’influence de l’environnement, chaud ou froid sec ou humide, les humeurs, au lieu de se mélanger harmonieusement, faisaient comme une mayonnaise ratée : le mélange tournait. Il « tournait » d’autant plus facilement que tel ou tel gros organe était affaibli.

On pensait donc que pour savoir d’ou venait une maladie, pour poser un diagnostic valable, il fallait considérer les humeurs qui sortaient du corps : la sueur… et tout le reste.

C’est de cela que s’est moqué Molière.

Mais un jour, tout changea. On pensa que pour comprendre d’où venait la maladie, il fallait regarder à l’intérieur du corps pour chercher une anomalie des tissus solides constituant les organes et non pas se contenter d’étudier du dehors les aventures des humeurs. Une révolution était en marche. La révolution anatomo-clinique.