PEAU

L’affaire crème Cortisone.


C’est une très gentille Dame. La cinquantaine passée. Elle est venue me voir pour des bricoles dermatologiques sur le thorax, un peu au dessus du creux de l’estomac. Je lui prescris la Crème que je crois appropriée. Une crème banale contenant un peu de cortisone. Cinq pour cent des personnes à qui l’on prescrit des crèmes à la cortisone ont peur de grossir. Ma gentille Dame ne partage pas du tout cette crainte. Nous convenons de nous revoir d’ici un mois. Trois jours plus tard, la revoici. Toujours aussi aimable, mais cette fois très angoissée. « Je n’ai pas supporté votre traitement » Ca arrive. La cortisone est antiallergique mais on peut être allergique à une crème antiallergique. La vie n’est pas simple.

Mais ce n’est pas une allergie, me dit-elle. La crème lui a déclenché une douleur très vive « là » explique-t-elle en se frottant la zone sensible. Je pense à un zona qui débuterait « Montrez-moi ça… » A l’examen rien. Pas plus de zona que de beurre en broche !

« Je vous assure, c’est la crème. J’ai commencé à avoir mal juste là où j’en mettais. Maintenant, ça me bloque la respiration »

Je vous la fait courte : les douleurs dont elle souffrait, au terme de mon examen clinique, il me semblait bien qu’elles venaient de plus profond. La partie de son anatomie qui me semblait en cause était autre chose que la peau. Dans la poitrine en particulier, il y a le cœur… Or à côté de moi besognait dur ce jour là, un cardiologue. Il voit la patiente et en quelques questions coups d’oreille et examens précise le diagnostic : Péricardite.

Je ne vous ai pas raconté cette histoire pour vous inciter à vouloir tout savoir sur la péricardite. C’est à dire inflammation du péricarde, la membrane qui enveloppe le cœur. Si j’ai voulu détailler cette observation c’est pour insister sur une donnée essentielle : la maladie ment au malade et lui fait commettre des erreurs d’interprétation.
Le médecin doit-il écouter ce que vous tenez à lui dire ?

Autre chose : comme ça subrepticement je vous ai glissé une expression traîtresse « mon examen clinique » et j’ai fait allusion à « l’anatomie » de ma patiente.

La question que l’on n’ose pas poser c’est : qu’est-ce qu’un examen clinique ? Et tant qu’on y est : l’anatomie, c’est quoi, au juste ?

Pour vous faire découvrir une partie de ce qui se cache derrière ces mots à la fois familiers et obscurs, vous trouverez dans quelques jours dans une nouvelle Rubrique « La séance du dictionnaire » de quoi travailler un peu.

Comprendre les mots « Clinique » « Anatomie » et l’expression « Anatomo-clinique » c’est indispensable pour établir la relation médecin/patient sur des bases communes. Mettez-vous donc au travail. Courage et confiance. Et si ça ne fait pas assez de sens, nous en reparlerons en face à face quand « L’Ecole » ouvrira ses portes.